Journal Libération 2007

Ammouri Mbark, chantre de l’amazighité

 

 

Le chanteur se produit le 12 janvier, à Fès au Complexe Al Houria pour faire partager avec son public des chansons amazighes.

 

Né en 1951 à Irguiten, un petit village situé au pied du Haut Atlas, à proximité de Taroudant, Ammouri Mbark y vécut jusqu’à l’âge de 8 ans, en veillant le troupeau familial. Une enfance insouciante qui se termine brutalement à la suite du décès de ses parents. Il quitte son village natal pour l’orphelinat de Taroudant dirigé alors par les Sœurs franciscaines où nous apprend sa biographie, il prend part aux chorales de l’institution et intègre aussi l’école. En 1969, il crée avec de jeunes lycéens, assoiffés de musique, les Birds, et chantent en français. Cette première expérience sera suivie par bien d’autres. A Tiznit où il s’est installé après un détour par Agadir, Ammouri M’Bark fonde le groupe The Souss Five qui choisit l’arabe comme mode d’expression. Une rencontre décisive avec un responsable de l’Association marocaine de recherche et d’échanges culturels, l’AMREC, permet à sa carrière de prendre un nouveau tournant. En effet, l’artiste est invité à Rabat pour contribuer à la mise sur pied d’une nouvelle expérience visant le renouvellement de la musique amazighe. Le groupe Ousman (Eclairs) est né.

 

Des tournées européennes (Olympia de Paris, Palais des Beaux-Arts à Bruxelles et Palais d’Hiver à Lyon) contribuent à asseoir la réputation d’un groupe qui, tout au long de ses cinq ans d’existence, a réussi à donner corps à un genre oublié. En 1979, le groupe se dissout. « Des divergences de vues, des mésententes et des différences ont perturbé la marche de notre troupe et la rupture a fini par se produire », explique le chanteur qui a préféré continuer sa carrière en solo. Il enregistre dans la foulée sa première cassette, « Tazwit nra nek dim a nmun » (Abeille, je veux être ton compagnon de chemin) dont les paroles sont du poète Mohamed Moustaoui. D’autres titres s’ensuivront, puisés du patrimoine amazigh et qui permettront à l’artiste d’explorer des rythmes traditionnels et modernes. L’identité amazighe, l’amour, l’errance et l’exil sont les thèmes récurrents des chansons écrites par des paroliers et des poètes amazighs contemporains, comme Azayko, Moustaoui, Akhiyyat, Haj Belaïd, Boubakr Annechad, Hussein Gentil, entre autres.

 

Fidèle à lui-même et aux principes qu’il a toujours défendus, l’artiste a sorti, l’été dernier, un nouvel album intitulé Afoulki. Produit par la maison de disques Paltinum, ce nouveau titre confirme la démarche créative de l’artiste qui oeuvre encore et toujours pour la modernisation de la chanson amazighe tout en préservant son âme et son identité. Dans cet album composé de 6 titres écrits par le poète Ahmed Bouzid, l’artiste exprime, tient-il à préciser, les préoccupations de l’Homme, son aspiration au bonheur, ses désirs, ses rêves. Conçu comme un message d’espoir, Afoulki a confirmé, si besoin est, les grandes qualités humaines de Ammouri Mbarek mais aussi et surtout qu’il mérite amplement le titre de rénovateur de la chanson amazighe marocaine.

 

 

Khadija Alaoui

Source : Libération du jeudi 11 janvier 2007

 



 

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