Entretien avec Le Matin 2005

            « J’ai un album enregistré depuis cinq ans qui ne trouve pas d’éditeur ».

 

Depuis 1978, Ammouri Mbark mène une carrière solo après avoir connu les plus grandes scènes européennes avec le groupe « Ousman » (Eclairs). Il propose depuis à son public ses propres interprétations musicales des plus grands poètes contemporains amazighs (Azayko, Moustaoui, Akhiyyat).

Ce musicien humble et pour qui le chant est une raison d’être, ne cesse d’innover et d’explorer les rythmes traditionnels et modernes à travers les thèmes récurrents de l’identité amazighe : l’amour bien sûr, la couleur et le parfum du Sud, mais aussi l’errance et l’exil.

Votre participation au festival d’Agadir « Signes et culture-Timitar a été largement suivie par un public qui vous a longtemps réclamé. Cette fois-ci, vous avez chanté avec les frères El Akkaf, est-ce une constitution d’un nouveau groupe après celui d’Ousman ?

Il faut d’abord souligner que grâce à ce genre de manifestations culturelles et artistiques, comme le festival d’Agadir, l’artiste peut laisser sa création s’exprimer et combattre le fléau commercial de la musique qui fait rage ces derniers temps. C’est rare qu’on organise de telle activité de cette ampleur. Pour ce qui des frères El Akkaf, ce n’est pas la première fois que nous avons chanté ensemble. C’est peut-être une anticipation d’un retour de l’ancien groupe. Les frères El Akkaf connaissent tellement bien mon répertoire et celui de mon ex-groupe « Ousman » qu’une complémentarité est devenue évidente entre nous deux. Un projet dans ce sens est en vue. C’est un projet très sérieux et ambitieux qui fusionnera Ammouri Mbark et les frères El Akkaf.

Vous êtes carrément absent et pendant longtemps de la télévision si l’on vous compare à d’autres musiciens. Pourquoi cette absence ?

Toute personne travaillant dans le domaine artistique par une période creuse et vague de sa vie professionnelle. Alors, elle prend ses distances, surtout lorsque les portes ne s’ouvrent pas facilement. Quand on dispose d’un style musical différent de celui qui existe actuellement et qui nous est imposé, il est difficile d’assurer une continuité. Ce sont les éditeurs, les distributeurs et les médias audiovisuels qui sont les principaux responsables de cette situation chaotique. J’ai souvent demandé à la télévision de me permettre de participer à des émissions de grande audience, mais je n’ai jusqu’à maintenant reçu aucune réponse.

Franchement, ce genre de comportement ne me déçoit pas, parce que je crois fortement en l’art. J’ai un album enregistré depuis cinq ans qui ne trouve pas d’éditeur et de distributeur. Presque tous les éditeurs ne cherchent que la rentabilité commerciale. La chanson est devenue un marché qui dépend de l’offre et de la demande.

 

Dans ce marché, on ne voit plus la création artistique. Qu’en pensez-vous ?

 Je ne suis qu’un simple être humain qui aime la musique et qui ne vis que de la musique. Je possède un grand et profond sentiment au moment où je crée. Aujourd’hui et malheureusement, sur la scène artistique, il existe une certaine forme de chansons qui n’a pas d’âme.

 La fibre artistique n’existe plus. Pour moi, ce fléau est plus grave que le sida. Je crois que la mondialisation en est pour quelques choses. Ce virus a atteint toute la planète. Il n’est pas spécifique au Maroc. En ce qui me concerne, je reste toujours fidèle à ma personne et mes principes. S’agissant de la musique amazigh, il est certain qu’elle peut progresser en conservant sa spécificité et en s’ouvrant sur les autres cultures.

D’ailleurs, ce festival intitulé Timitar  » les signes  » est déjà un signe d’ouverture de la culture amazigh aux cultures du monde. C’est en s’ouvrant sur d’autres peuples et sur d’autres civilisations qu’on complète son humanisme et qu’on devient un terrien à part entière.

 

La chanteuse amazighe Rayssa Fatima Tabaâmrant vous considère comme son maître musical. Et vous, vous la considérez comment ?

C’est très gentil de sa part. Mais, je préfère qu’elle me considère comme son frère. Pour moi, elle est ma sœur. J’apprécie beaucoup son fort engagement et son comportement très positif.

C’est une femme qui m’inspire le respect, la dignité, l’honnêteté, l’honneur… Justement, parmi les thèmes abordés par Rayssa Fatima Tabaâmrant dans ses chansons, il y a le thème de femme qui est souvent mis en exergue.

 

Quels sont les thèmes évoqués dans les chansons de Ammouri Mbark ?

C’est l’Homme. J’ai chanté un peu de tout. J’ai chanté l’errance, l’émigration, l’injustice, l’exclusion, la revendication de l’identité culturelle amazighe et l’amour. J’aime tout ce qui a une dimension profonde où il y a de la philosophie. J’ai des morceaux qui chantent la moisson dans le monde rural.

Dans les poèmes que je chante, j’ai toujours cherché à ce qu’il y ait non seulement de la métaphore, mais aussi des termes très anciens qu’on a tendance d’oublier. J’ai toujours choisi minutieusement mes poètes qui m’écrivent des poèmes. Je me retrouve bien dans les écrits du professeur Ali Sedki Abaïkou.

 

Quels sont vos projets ?

Je vais participer le 10 août au festival local d’Imintanout. C’est une région complètement délaissée en dépit de sa beauté naturelle. Je participe également au festival d’Immilchil.

 

Entretien réalisé par El Mahjoub Rouane

Source:lematin du lundi 13 juin 2005

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